Le Musée des Beaux-Arts de Rouen (M.B.A.R.) est l’un des principaux musées des Beaux Arts de France, construit à cette fin, entre 1880 et 1888 dans un style assez éclectique mais sobre.
Par la suite, le bâtiment a été modernisé et entièrement décoré par la célèbre designer et architecte d’intérieur Andrée Putman, de 1992 à 1994. Le résultat est brillant, de sorte que les riches collections de peinture et d’œuvres d’art tirent le meilleur parti d’un éclairage zénithal diffusé par des grandes verrières au-dessus des salles. Les parcours sont lumineux et réorganisés. En effet, ils sont à peu près dans l’ordre chronologique, ce qui facilite la visite. Le fonds du Musée est très européen. En effet de nombreux peintres flamands, italiens, espagnols, hollandais et anglais y sont présentés. On y voit aussi de très belles icônes russes.
Version remaniée par l’auteur d’un article publié le 08/02/2018
En effet, ses collections permanentes se déploient sur 60 salles, riches en œuvres du XVIe au XXe siècle de la peinture européenne. Elles proviennent souvent de confiscations de la Révolution française et de l’Empire. De plus ,des dons et legs divers se sont également ajoutés.
Par exemple, pour ce qui concerne les impressionnistes, le legs vient du riche industriel François Depeaux ( « l’homme aux six-cents tableaux »). De fait, en 1909, ce propriétaire de mines de charbon au Pays de Galles est obligé de céder sa collection à cause d’un divorce.
Depuis 2010, des expositions sur l’impressionnisme ont attiré des centaines de milliers de visiteurs de toute l’Europe et du monde entier. Le M.B.A.R possède, entre autres, des toiles du peintre impressionniste anglais Alfred Sisley : moins connu que Claude Monet, il est aussi talentueux et fait partie des grandes figures impressionnistes européennes.
Le musée possède aussi une remarquable collection de dessins régulièrement exposés.
Le MBA possède une très belle collection d’icônes russes encore toutes imprégnées de l’influence byzantine. De fait, Les peintres italiens de la Renaissance, les premiers à rompre, avec Giotto avec le style byzantin, au 14ème siècle sont très présents au MBA. C’est aussi le cas des peintres flamands et hollandais du XVIe siècle (Gérard David) ; les artistes se déplacent alors dans toute l’Europe, empruntant aux maîtres de rencontre des styles divers. Donc l’Italie est à l’avant garde, de la peinture européenne comme le montre ce tableau du Pérugin. Ce dernier se distingue par un dessin très pur, une palette chromatique très claire et une composition graphique classique. Et les lois de la perspective, chère à la 1ère renaissance, ordonnent le tableau selon une symétrie parfaite.
Toutefois, dans ce tableau du peintre flamand Gérard David, par exemple, on retrouve l’influence italianisante mais réinterprétée selon le style de l’Europe du nord. Ce dernier est en effet plus expressionniste, avec un souci du détail, comme dans le traitement du portrait de la vierge couronnée et de l’enfant Jésus, dans ce tableau de « La Vierge entre les vierges ». A cette époque, en effet, les peintres flamands, français, hollandais se déplacent beaucoup en Europe. Et souvent, leurs pérégrinations les conduisent des Flandres vers l’Italie. Bruegel parcourt par exemple toute l’Italie de Milan à Messine. Et, dans le sens inverse, Léonard de Vinci finit sa vie sur les bords de la Loire, à l’appel de François 1er.
Par le suite, du milieu du 16ème siècle au 17ème siècle, la peinture renaissante suit une tendance de plus en plus maniériste. En effet, les peintres compliquent les postures des personnages, comme on le voit dans ce tableau du Caravage. Ce dernier de grand format, s’affranchit des règles strictes du cadrage de pied en cap des personnages. Il zoome, en plan « américain », sur le personnage du Christ, flagellé par deux mauvais garçons à la trogne fort réaliste. Le tableau illustre aussi, la maîtrise Caravage dans le traitement de la lumière, jouant sur les contrastes du clair et le l’obscur. Le Caravage inspirera grandement les peintres européens du 17ème siècle.
L’école espagnole de peinture est aussi remarquablement représentée au MBAR par ce tableau de D.Vélazquez, qui est d’abord un portrait dans la tradition réaliste, du philosophe grec Démocrite. Ce dernier se moque ici de la Science et de la connaissance (mappemonde et livre), en la désignant avec un sourire goguenard. Ce tableau emprunte aussi au genre des vanités, bien en vogue en Hollande et dans les écoles de peinture du nord de l’Europe (crânes, bouquets de fleurs, natures morts diverses et variées). En effet, n’oublions pas que les espagnols dominent encore à l’époque une partie des Flandres et que la nouvelle République des Provinces Unies vient tout juste d’acquérir son indépendance, en 1581. Pe
Enfin, ce tableau de Véronèse, « Saint Barnabé guérissant un malade », est typique de la manière vénitienne, à la fin du 16ème siècle. Dans ce tableau, Véronèse enrichit sa palette chromatique par le flamboiement des couleurs complémentaires (verts, oranges, mauve). Il en rajoute aussi dans les drapés et les attributs divers des personnages (turbans orientaux, présence d’un enfant noir). A noter également, le rythme très alerte de ce tableau rendu par la colonnade du temple, circulaire, au fond de la scène.
Le M.B.A.R possède aussi une riche collection de peintres français du « grand siècle ». Ces derniers, par leur palette (surtout du rouge du jaune, du bleu) et leur style classique mais pas académique, rompent avec l’influence caravagesque du clair-obscur. C’est le cas ici de Nicolas Poussin, qui a fait le voyage d’Italie. Il peint au début du 17ème. Ce tableau, datant de 1639, est clairement italianisant, par son sujet (mythologique, donc dans le genre de la peinture d’histoire), « Vénus montrant ses armes à Enée ». Les références de ces peintres français vont du côté de Raphaël et des peintres vénitiens. Cependant, les sujets choisis sont souvent, dans le contexte du renforcement de la monarchie absolue en France, une apologie du pouvoir royal…
Simon Vouet, dans ce tableau peint en 1649, en pleine période de la Fronde, s’inscrit pleinement dans cette tendance des peintres français à l’apologie du pouvoir « divin » des rois de France.
La référence est explicite à Saint-Louis, dans ce tableau destiné au retable d’une église parisienne de l’ordre des Jésuites. Cette référence est renforcée par l’échange des attributs classiques du pouvoir des rois de France (le sceptre, la couronne royale et le drap bleu aux fleurs de lys) contre la couronne d’épines du Christ.
Ce tableau intitulé « Dieu le Père créant l’Univers matériel », est remarquable par sa palette extrêmement claire de tons bleus, jaunes et dorés. Philippe de Champaigne, en 1633 créée ici une composition picturale à la gloire de Dieu le Père, d’une facture très lisse. Le thème choisi, est typique de la Contre-Réforme catholique dont l’objet est de lutter contre l’influence protestante. On sait par ailleurs que le peintre avait des sympathies jansénistes, donc très hostiles aux jésuites. Le jansénisme est une réaction à l’influence des jésuites accusés de laxisme théologique. Les jansénistes insistent comme les protestants sur la Grâce divine et la figure de Dieu le père. Ils sont très influents dans le milieu des magistrats et auprès de certains écrivains, comme le célèbre tragédien Racine.
Pour le XIXe, la très riche collection comprend, entre autres, Ingres, les romantiques Delacroix et Géricault, mais aussi l’une des plus importantes collections de peintres impressionnistes d’Europe. A cette époque, c’est Paris qui donne le ton et inspire aussi de nombreux artistes étrangers. Dans ce tableau, Delacroix, chef de l’école des peintres romantiques, exalte le thème de la lutte des humiliés contre les puissants. Cette mère agenouillée, qui arrête l’empereur romain Trajan, réclame en effet justice pour son fils assassiné par le fils de l’empereur. Le drame est mis en scène par le cheval cabré de l’empereur, le faste coloré de la suite de l’empereur, les bras tendus de la femme suppliante. Ce tableau romantique est un succès au salon de l’académie de 1840.
En outre, le M.B.A.R possède une des plus importantes collections de peintres impressionnistes européens, en dehors des musées parisiens. Cette nouvelle génération de peintres paysagistes rompt en effet avec la peinture académique de salon, dite d’histoire, encore dominante vers 1860. Ces peintres font vibrer la lumière et la couleur par des touches juxtaposées sur le tableau, une méthode qui renouvelle complètement l’art pictural. Ce sont, de plus, des peintres des bords de Seine. Ils en sont originaires, comme c’est le cas pour Claude Monet, né au Havre ou ils choisissent d’y séjourner, comme Pissaro, Sisley, Renoir et bien d’autres.
Rouen est un foyer actif de cette avant-garde (1863-1886 environ), soutenue contre l’académie, par des galeries parisiennes (Durand-Ruel, par exemple) ou de riches collectionneurs locaux, comme le marchand de charbon rouennais François Depeaux, propriétaire de mines au Pays de Galles. Sur ce tableau d’Alfred Sisley de 1876, c’est le paysage de neige et ses effets de lumière où les bleus dominent, le vrai sujet du tableau. Sisley est, de fait, un des peintres préférés de F.Depeaux, son soutien et principal mécène.
Cette vue du pont Boieldieu, avec en arrière plan la rive gauche industrielle et ses fumées, est peint sur le motif par Camille Pissaro, à partir de la fenêtre de sa chambre d’hôtel. Les paysages urbains sont aussi un des motifs courants des impressionnistes, comme l’illustrent « La gare Saint Lazare » de Claude Monet, ou, sur un mode plus festif, « La Rue Saint-Denis, fête du 30 juin 1878 », 1ère fête nationale républicaine autorisée depuis la défaite de 1871 et la Commune de Paris;
Claude Monet entre 1892 et 1893, va peindre 30 vues de la façade de la cathédrale de Rouen. Ainsi il invente la peinture sérielle qui connaîtra son heure de gloire au siècle suivant avec Andy Warhol et Roy Lichtenstein, par exemple. Elles sont peintes sur le motif au 1er étage de l’hôtel Renaissance qui est aujourd’hui l’office de Tourisme de Rouen., face au portail de la cathédrale. Et elles sont ensuite achevées en atelier et exposées à la galerie Durand-Ruel, à Paris, qui donne le ton au nouveau marché de l’art. Le sujet en est évidemment les effets de lumière changeants, sur ce portail, à différents heures de la journée. Les mille et unes variations de la lumière sont en réalité le thème principal de toute cette génération de peintres, depuis le célèbre « Impression soleil levant » de Monet en 1874.
Et en plus, sur cette quasi aquarelle, peinte cependant avec de la gouache, Claude Monet invente presque la peinture non figurative. En effet les contours de ce paysage urbain de Rouen s’estompe dans le lointain. Dans un style plus décoratif, avec sa série des Nymphéas, peints dans les jardins de sa maison de Giverny, il inspire toute une génération de peintres modernes. Et une des plus inspirées sera incontestablement la peintre américaine Joan Mitchell, dans les années 1950-80 dont certaines toiles sont conservées au Musée de Rouen.
Par conséquent, les impressionnistes affranchissent les peintres de l’académisme et de la ligne, mettant surtout l’accent sur la lumière et la couleur. Les artistes postimpressionnistes, les fauvistes, les Matisse et Cézanne vont plus loin qu’eux dans le traitement des tableaux en grands aplats de couleurs et dans la géométrisation de la composition graphique. C’est particulièrement le cas dans ces deux tableaux d’A. Modigliani, peintre italien de Livourne, installé à Paris dès 1906; il peint en 1906 et 1913 ces deux tableaux de la famille rouennaise Alexandre, dont il est devenu l’ami. Le portrait de Jean-Baptiste Alexandre, en 1906, est remarquable par la palette de verts et d’ocre rouge, et par le visage émacié et très expressif du personnage.
Celui de Paul Alexandre en 1913, est sûrement inspiré par le cubisme de Picasso et de Braque, mais aussi des masques africains; une très belle exposition de masques a eu lieu en 1906 à Paris, qui a fortement impressionné les peintres. Ce portrait est d’une facture encore plus audacieuse, avec une palette plus éclaircie mais dans les mêmes tons que la précédente, avec des rehauts de bleus.
L’art du XXème siècle est aussi très bien représenté au M.B.A.R avec les toiles des artistes d’avant-garde de la famille Duchamp-Villon. C’est le cas de Gaston, dit Jacques, Marcel, le célèbre créateur des Ready- Made, et de Raymond. Ici, c’est le port de Rouen que nous présentons, réalisé par Jacques Duchamp-Villon, une composition audacieuse par la géométrie et le choix des couleurs. Le thème nouveau du sport moderne est bien représenté par Raymond Duchamp-Villon, qui réalise en 1905, une très belle sculpture des « Joueurs de foot-ball », à la facture inspirée de Rodin.
On ne serait pas complet s’il n’était évoqué le célèbre tableau de 14 mètres de longueur de Raoul Dufy, le Cours de la Seine, de Paris à l’estuaire, réalisée à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1936. Le graphisme lyrique et la palette très joyeuse et colorée de ce tableau est un hommage au fleuve. Ce dernier qui a vu défiler à Paris, Rouen, le Havre et Giverny tant d’artistes européens et français que ses berges aussi brumeuses que lumineuses ont attiré. Il est bien dans la logique des choses que le havrais Raoul Dufy lui rende cet hommage.
Et, parmi ces artistes qui ont fait de la Normandie et de la Seine leur halte favorite, citons Vieira da Silva, mais plus encore Joan Mitchell, l’américaine, longtemps installée à Vétheuil. C’est aussi l’immense peintre anglais David Hockney, qui a choisi récemment de vivre un temps dans la campagne normande, et que le M.B.A a accueilli lors d’une belle exposition en 2024, un an avant celle de la Fondation Louis Vuitton, à Paris. Comme quoi le M.B.A.R est bien un lieu européen et cosmopolite, mais aussi bien français qu’il faut absolument découvrir!
Pour y aller :
Le Musée des Beaux Arts de Rouen, François Bergot, Co-édition Musées et Monuments de France, Ville de Rouen et
Albin Michel éditions, 1989.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Musée_des_Beaux-Arts_de_Rouen
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