Guillaume le Conquérant
Souverain d'un Etat anglo-normand
Duc de Normandie, Guillaume le Conquérant est aussi le puissant souverain d’un Etat anglo-normand qui oriente l’Angleterre vers le continent européen.
Cet article est une version remaniée d’un précédent article de ce site, écrit par Chantal Cormont et publié le 19 mars 2020
De la Normandie ducale à un Etat anglo-normand
Duc et roi
Guillaume le Conquérant est duc de Normandie depuis 1035. Il succède à son père, Robert le Magnifique, dont il est le fils illégitime, et à ce titre surnommé le Bâtard. L’invasion de l’Angleterre après la bataille d’Hastings (1066) lui permet de devenir roi d’Angleterre (1066-1087) et d’entrer dans la postérité sous le nom de Guillaume le Conquérant. La création d’un Etat anglo-normand fait de lui le souverain le plus puissant d’Europe occidentale au XIe siècle. Dans la société féodale, le contrôle du territoire passant par la présence du prince, Guillaume partage son temps entre l’Angleterre et la Normandie. Cette contrainte s’impose d’autant plus qu’il ne délègue guère son pouvoir. En Normandie, il ne fait pas pas confiance à ses fils. En Angleterre, seuls Odon de Conteville puis Lanfranc le suppléent. Le duché de Normandie occupe toute sa vie la première place dans son cœur et ses préoccupations.
Les richesses de l'Angleterre
Les richesses de l’Angleterre sont une manne dont profite la Normandie et Rouen. Elles financent des fidélités et des guerriers. Rouen développe un commerce du vin avec l’Angleterre, favorisé par la possession d’un port à Londres. Environ 20 000 Normands vivent en Angleterre en 1087. L’aristocratie normande fait l’apprentissage de la gestion d’un patrimoine foncier réparti entre la Normandie et l’Angleterre. Les flux d’hommes et de marchandises font alors de la Manche une mer très fréquentée.
Le modelage de l'espace anglo-normand
Dans le domaine politique
L’élite normande remplace les cadres anglo-saxons. Les clercs sont bien représentés. Odon de Conteville demi-frère de Guillaume le Conquérant, évêque de Bayeux, devient comte de Kent. Lanfranc, premier abbé de Saint-Étienne à Caen, devient archevêque de Cantorbéry. La création d’une administration centralisée efficace avec un droit écrit qui donne de l’importance à la chancellerie fait de l’Angleterre un pays moderne.
Dans le domaine culturel
Dans le domaine linguistique
Les Normands apportent leur culture continentale. Mais les échanges entre peuples génèrent forcément une hybridation culturelle. Il y a d’abord coexistence des langues : le français et l’anglo-saxon, le français demeurant la langue de l’élite. A la longue, les interférences entre les deux langues modifient la langue de chacun. Cela se voit dans les noms de famille normands qui se transforment. Progressivement se forge l’anglo-normand qui se distingue des parlers français de France et devient de l’anglais.
Dans le domaine littéraire
L’interférence entre la chanson de geste introduite par les Normands et la mythologie celtique génère une nouvelle forme littéraire qui intègre le merveilleux celtique et qui passe sur le continent. La légende de Tristan et Yseut appartient à cette veine.
Dans le domaine architectural
Églises et chateaux
les nouveaux maîtres imposent la construction d’églises dans le style roman normand, avec notamment une tour-lanterne. Les cathédrales normandes de Winchester et de Worcester reproduisent le plan de la cathédrale de Rouen. L’ornementation géométrique normande, avec ses bâtons brisés, chevrons, rouelles et entrelacs, est introduite en Angleterre. En revanche, dans l’architecture militaire, c’est l’Angleterre le laboratoire de l’énorme donjon carré. Le donjon du château de Norwich (1120) inspire celui de Falaise (1123).
Les lieux évoquant Guillaume le Conquérant à Rouen
Rouen reste la capitale incontestée de la Normandie au XIe siècle. Comme ses prédécesseurs, Guillaume le Conquérant séjourne à Rouen, dans le château ducal, mais il se consacre davantage au développement de Caen. En témoignent de prestigieuses constructions ducales : l’abbaye-aux-Hommes et l’abbaye-aux-Femmes. Voulant créer un second siège de gouvernement à Caen, il lance la construction d’un château fort (1060). En effet, il considère que la Basse-Normandie occupe une position plus centrale dans son Etat normand.
Les vestiges de la domination ducale
Le château ducal
Au XIe siècle, le château ducal était centré sur la Vieille Tour, en fait un donjon. Il s’élevait près de la Seine, dans l’angle Sud-Est de l’enceinte urbaine du IVe siècle, derrière la Fierte Saint-Romain. Comme Rouen est la capitale de la Normandie ducale, il n’était pas seulement une résidence dynastique, mais aussi un centre politique avec des bâtisses pour l’exercice du pouvoir de commandement. C’est dans la grande salle qu’eut lieu la réception de Harold en 1064. Cette aula avec des arcatures romanes est représentée dans la tapisserie de Bayeux. Actuellement, seuls les toponymes, place de la Haute-Vieille-Tour et place de la Basse-Vieille-Tour évoquent son souvenir. Philippe Auguste a fait raser la construction, pour faire disparaître ce symbole de la puissance normande.
Le musée des Antiquités
Le musée abrite deux deniers en argent de 1068, frappés en Angleterre, représentant Guillaume le Conquérant, à la manière des rois anglo-saxons. Ces deniers ont été frappés en Angleterre vers 1068.
Les monuments contemporains de Guillaume
La crypte de la cathédrale
Guillaume le Conquérant la connaît sans doute, seul vestige de la cathédrale romane, terminée en 1063 et consacrée en sa présence.
Le prieuré Saint-Gervais
En 1087, Guillaume le Conquérant est un vieux roi, obèse, affaibli par la maladie. Victime d’un accident de cheval au cours d’un épisode guerrier, l’attaque de Mantes, dans le domaine royal capétien, il est transporté dans le château ducal de Rouen, et de là au prieuré Saint-Gervais pour être au calme. Il y décède le 9 septembre 1087. Il est inhumé dans l’abbaye-aux-Hommes de Caen, conformément à sa volonté. Actuellement, l’église paroissiale Saint-Gervais est une reconstruction du XIXe siècle de style néo-roman. La crypte existe toujours, mais elle est rarement ouverte aux visiteurs.
Un tableau d’inspiration romantique de Charles Lefebvre (1863) au musée des Beaux-Arts représente sa mort.
L'hommage des édiles
La rue Guillaume le Conquérant
Elle est parallèle à la rue Rollon, dans le centre ville, toutes deux créées en 1860, lors de travaux d’urbanisme.
Le pont Guillaume le Conquérant
Conçu par Arthur-Georges Héaume, le pont Guillaume le Conquérant est inauguré en 1970. Sa dénomination est le choix de la municipalité Lecanuet. Ce pont en acier de 200,20 m de long marque la limite amont du port maritime. Fonctionnel avant tout, il ne comporte aucun décor.
Une statue du Conquérant
Oublié au Moyen Age et sous l’Ancien Régime, boudé par la République au XIXe siècle, Guillaume le Conquérant est peu représenté en statue. À Bois-Guillaume, pour l’Espace Guillaume le Conquérant, créé en 2004, la mairie commande au sculpteur Jean-Marc De Pas une statue équestre. L’artiste réalise une sculpture moderne en bronze d’un Guillaume le Conquérant guerrier, altier, faisant corps avec son cheval au puissant cou arrondi, s’inspirant des représentations de la tapisserie de Bayeux. Les lignes stylisées, les parties évidées, le bloc buste-heaume conique sans visage, donnent au Conquérant un aspect fantasmagorique.
conclusion
L’Angleterre est étroitement liée au continent jusqu’à la conquête de la Normandie par le roi de France Philippe Auguste en 1204. C’est entre autre la propagande capétienne au cours du Moyen Âge qui explique l’effacement de la figure de Guillaume le Conquérant à Rouen. L’histoire culturelle commune a certainement jeté les bases de futurs rapprochements entre l’Angleterre et le continent.
Sur les pas de Guillaume le Conquérant à Rouen :
Sources
Boüard M. (de), Guillaume le Conquérant, Fayard, 2003
- Mollat M. (Dir), Histoire de Rouen, Privat, 1979, p. 44-53
Zumthor P. Guillaume le Conquérant, Tallandier, 2003
« Guillaume le Conquérant Le destin d’un bâtard ». L’Histoire, n° 424, juin 2016
« My Normandie ». La Normandie médiévale, Hors-série n°2, juillet 2016
« Guillaume le Conquérant ». Dossiers Histoire et Archéologie, n°117, juin 1987

Une réponse
Article synthétique mais précis. Merci pour cette révision de qualité … surtout pour une Lorraine expatriée en Normandie.