Comme de nombreux ports de la façade Nord-Ouest de l’Europe, Rouen a subi de nombreuses destructions durant la 2nde guerre mondiale. Longtemps resté en friche, le quartier Luciline, situé à l’ouest de Rouen, a fait l’objet d’une reconstruction ambitieuse à partir des années 2000, visant à requalifier le front d’eau sur la Seine, à l’instar d’autres ports européens. De fait, le dernier réaménagement en date a été réalisé sur cet ‘îlot urbain situé entre le bassin Saint-Gervais, le nouveau Pont Flaubert et l’actuel bâtiment d’HAROPA. Et cette reconstruction n’aurait pu être couronnée de succès sans l’apport de fonds européens qui se sont ajoutés aux initiatives privées (groupe Normandy-Invest) et publiques (CREA puis Métropole et Mairie de Rouen). Cette reconstruction est en passe d’être achevée.
Cet article est une version remaniée d’un article précédent de ce site écrit par l’auteur le 05/02/2018
En 1945, les bombardements des alliés ont détruit le quartier Luciline. Alors, dans les années 50, il fait l’objet d’une 1ère reconstruction qui comprend le Chai à vin, les docks, le siège des Douanes et le bâtiment du siège du Port Autonome de Rouen. Entre ces bâtiments surgit alors une pêle-mêle de garages, d’entrepôts commerciaux, situé entre les quais et l’avenue du Mont Riboudet. Cette avenue devient donc le territoire des concessionnaires d’automobiles. Puis, dans les années 2000, les quais de la rive Nord de Rouen entre le Pont Corneille et le bassin Saint Gervais font l’objet d’une requalification. Alors, on reconstruit ou réhabilite les entrepôts en brique situés le long de la Seine. Enfin, une zone d’aménagement concertée, intitulée Rives de Seine, sort de terre, au Nord de l’axe routier situé sur les quais, à la sortie vers Rouen-centre de l’A150.
Sur ce plan d’après 1945, figurent toutes les destructions occasionnées par les combats entre 1940 et 45, de fait, importantes dans le quadrant Nord-Ouest. Cependant, comme la ville n’est pas détruite à 100% comme au Havre, la reconstruction commence par les ilôts du centre-ville dont les quais sont réhaussés, afin de rendre plus fluides les flux maritimes. On procède donc à une surélévation des ponts. En outre, on se préoccupe des flux routiers, rendus plus faciles par la construction de trémies.
Cette vue panoramique des quais met en évidence la surélévation des quais. En outre elle prive les piétons rouennais, d’un accès facile aux berges de la Seine à cet endroit de la ville; en effet, la coupure entre quais haut et quais bas fait obstacle aux promenades sur les berges qui faisaient le charme de Rouen, avant guerre. Rouen paie le prix du tout automobile en vigueur dans les années 50/60, le « mantra » des urbanistes de cette époque.
En mai et juin 40, les destructions sont déjà importantes sur les quais : les autorités donnent l’ordre de détruire tous les ponts pour empêcher la progression de l’invasion allemande. Toutefois, une fois l’armistice signé en juin 1940, le gouvernement charge Jacques Greber, architecte, d’imaginer la reconstruction. Voici une vue d’une maquette de 1943 sur le réaménagement des quais, de façon assez moderne et hardie. De fait, ses successeurs dans les années 1945-65 reprendront en partie ces plans.
Ici, par exemple, à la hauteur du centre-ville, on aperçoit l’ilôt en reconstruction des Nouvelles galeries, rive droite. On aperçoit aussi, rive gauche, l’immeuble dit des docks, grande barre d’immeubles bâtie dans le style fonctionnaliste et moderniste en vogue dans ces années. Tout ceci était déjà en germe dans le projet de reconstruction de Jacque Greber. D’ailleurs, ce dernier, las des lenteurs prises par la reconstruction, quittera Rouen en 1947 pour appliquer ses idées au Canada, à Ottawa!
Décalons nous un peu vers l’ouest de la ville, rive droite. Ici, en revanche, les architectes de la reconstruction laissent les quais à la même hauteur que la Seine. C’est les cas, en effet, dans l’îlot qui nous intéresse et que les rouennais appellent Luciline. Pourquoi ce nom? Car ,l’usine a été créée dès 1863 et produisait de la Luciline, qui est une variété d’huile légère issue du pétrole, destinée tout d’abord à l’éclairage. Par la suite, un rouennais, Alfred Guérard, rachète l’usine en 1868 et la transforme alors en raffinerie de pétrole. Le site est traversé par une petite rivière qui prend le nom de Luciline.
Au début des années 1990, la réhabilitation commence par la partie ouest de l’ensemble, occupée par 2 halles en fonte et brique et un bâtiment en béton armé, l’entrepôt des docks. On réhabilite d’abord les deux halles métalliques (dont une ancienne halle à vin et une centrale électrique) construites par Gustave Eiffel en 1904. Ensuite, les entrepôts des docks construits entre 1955 et 1957. En avril 2009, ces bâtiments sortis de l’état de friches, sont inaugurés et, après une réhabilitation coûteuse en centre commercial, ouverts au public. L’architecte Jean-Michel Willmotte concepteur, entre autres, de nos stations du Métrobus rouennais, a eu la tâche de transformer ces bâtiments. De plus, une salle multiplexe pour le cinéma et de très nombreuses places de parking couvert complètent l’équipement de cet ilôt urbain.
L’urbaniste C. Devillers conçoit le plan de la ZAC avec un projet constitué de 1 000 logements, de bureaux, d’activité et de commerces. Elle se développe en 3 bandes parallèles à la Seine : les « Rives de Seine », marquées par des immeubles hauts sur le boulevard F. de Lesseps ; ensuite un mail central qui permet de traiter la question des eaux pluviales de l’ensemble du site ; et enfin, des îlots mixtes avec les ateliers/concessionnaires d’automobiles le long de l’avenue du Mont-Riboudet. La tour Vauban, immeuble de bureaux achevé en 2009, est le premier élément émergeant du projet.
La ZAC Luciline-Rives de Seine, plus connue sous le nom d’écoquartier Luciline, est une Zone d’Aménagement Concerté à l’ouest de la ville de Rouen. Le projet a pour objectif la reconquête urbaine de cette ancienne zone d’activité portuaire. Ce quartier forme, à l’heure actuelle, l’écoquartier le plus important de la métropole et comptera à terme 1 000 logements (dont 25 % de logements sociaux) soit 78 900 m2 et 28 800 m2 de bureaux et activités.
La rénovation ambitieuse des quais n’aurait pas vu le jour sans les versements du FEDER ( Fonds Européen de Développement Régional) qui visent à la réduction des écarts de richesse et de développement entre les régions de l’Union Européenne .
En effet, le nouveau quartier Lucilline, qui mêle logements, activités et équipement, fait partie du programme « Future Cities-Urban Networks to face climate change » qui regroupe huit partenaires européens de cinq pays dans le cadre du programme européen de coopération interrégionale Interreg IV. Situé entre les Docks76 et la rue Jean Ango, il reçoit un cahier des charges particulièrement exigeant. De fait, ce dernier s’efforce de limiter l’usage de la voiture individuelle à l’intérieur du quartier; il prévoit en outre d’utiliser des éco-matériaux pour la construction des nouveaux bâtiments. Enfin, le cahier des charges prévoit une gestion globale et innovante de la ressource en eau et en énergie.
On complète au Nord le quartier Luciline par le palais des sports Kindarena, une opération public-privé associant la Mairie de Rouen et l’entreprise Ferrero. L’architecte Dominique Perrault, maître d’oeuvre de la Bnf F. Mitterand, construit, ce bâtiment très avant-gardiste et épuré dans ses lignes. Derrière le Kindarena, les lignes de bus TEOR est-ouest assurent le transport en commun cadencé pour la desserte du quartier jusqu’au centre-ville.
Le pont Flaubert, conçu par l’ architecte catalan Aymeric Zublena et le français Michel Vilorgeux, a été construit de 2004 à 2008. C’est un pont levant à gabarit fluvial (7m de hauteur ou tirant d’air au dessus des plus hautes eaux navigables) et maritime, soit capable de se hisser à 55 m de hauteur au dessus des plus hautes eaux navigables, pour quelques occasions seulement : passage des 3 mâts des Armadas et des paquebots de croisière, principalement. La traction du tablier levant de 120 m de long fonctionne avec un système de poulies situé à 86 m de hauteur. Prévu pour un trafic quotidien de 50 000 véhicules, il accueille actuellement 60 000 véhicules par jour.
Ce pont forme un élément de l’autoroute des estuaires européenne, qui relie par l’A150 et la N338, l’axe traversant du Nord vers le Sud l’agglomération rouennaise, l’autoroute A 28 et A 29 à l’autoroute A13. Il assure donc l’essentiel du trafic à l’échelle européenne NE-SO avec le pont de Normandie, au Havre, sans passer par la région parisienne et à l’échelle locale.
Une partie du trafic routier venu de l’A150 en direction du centre ville atterrit sur le boulevard Ferdinand de Lesseps, qui passe au sud du quartier Luciline, générant une pollution automobile non négligeable et coupant l’ilôt Luciline des quais. Ce fait interroge donc le label écoquartier décerné peut être un peu vite par les concepteurs, même si de efforts ont été faits en ce sens à l’intérieur même du quartier, autour du mail central.
Pour y aller
L’exposition Rouen et la Reconstruction, de nombreux documents photographiques, plans, textes. janvier-février 2025
https://fr.wikipedia.org/wiki/Docks_76 l’opération Docks 76; JM Wilmotte
https://fr.wikipedia.org/wiki/ZAC_Luciline histoire du site
https://www.luciline.fr/quartier-exemplaire/ site des partenaires institutionnels : métropole, mairie, EPFN, FEDER etc…2018
https://palabres.fr/zac-luciline Architecte et ingénieurs, texte écrit par l’Agence Devillers, maîtrise d’œuvre.
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.